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Souffrir pour mériter d'être là... |
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A chaque fois que je dis avoir eu du mal certains jours, j'ai peur que les gens voient en moi un mec qui se la joue warrior parce qu'il a crapahuté dans la pampa 10 minutes à plus de 120 mètres d'altitude. Au contraire. C'était plutôt le mec pathétique qui avait du mal à profiter du paysage parce qu'il était concentré sur ses pieds alors que les autres (pour la plupart), eux, pas du tout.
Parce que vu ma forme physique et mon entraînement, ce que j'ai eu tant de difficultés à faire certains jours, n'importe quel enfant de 2 ans équipé de bonnes chaussures de marche le faisait les doigts dans le nez, s'il ne les occupait pas bêtement à étaler de la pâte à modeler orange sur la moquette noire du salon que bon, pour récupérer ça merci bien.
Je dois donc avouer que j'en ai particulièrement et minablement chié pendant les 7 jours de treck du séjour. Jusqu'à perdre 8 kilos (que je me suis bien évidemment empressé de reprendre depuis). Sur le coup, j'ai pas voulu mourir, malgré certains grands moments de solitudes (les deux jours où nous avons dépassé les 4300 mètres d'altitude, ceux-là, croyez moi, je ne suis pas prêt de les oublier).
Pourtant, aujourd'hui que je suis retourné à mon petit confort, que mon principal effort de la journée consiste, en revenant de l'ANPE, à aller chercher le pain pour le joli sourire de ma jolie boulangère (et aussi parce que le pain qu'ils font en bas de chez moi est sans conteste le meilleur du monde sur Paris), aujourd'hui que tout est terminé, je dois dire que j'ai bien l'impression d'avoir vécu.
Un truc pas ordinaire. De ces moments qui font qu'au bout du compte vous avez existé un peu dans votre vie. Et je me dis que j'ai mérité de (les) vivre précisément parce que j'en ai chié.
Sinon, j'aurais juste participé à un voyage touristique (au sens péjoratif que peut avoir le terme). C'est d'ailleurs ce qui m'a permis de me débarrasser de la peur que j'avais de passer pour un gros occidental pété de thunes (comparé à la population locale) comme il y en a tant là-bas. Là, au moins, je n'ai pas fait que filer un paquet de fric à une agence de voyage spécialisée.
Attention, hein !
Je ne me fais pas d'illusions non plus. Je reste quand même un occidental pété de thunes (comparé à la majorité des péruviens) qui est venu passer 18 jours de ses vacances en Amérique Latine.
Même si j'y ai laissé 8 kilos, 72 litres du sueur, qu'on considérait les porteurs qui nous accompagnaient comme des êtres humains (ce qui n'était pas forcément le cas d'autres groupes) et que j'ai choisi le Pérou après avoir lu un certain nombre de bouquins sur l'histoire Latino Américaine et non sur un coup de tête, pour pouvoir dire "J'ai fait le Pérou", après avoir feuilleté un catalogue rempli de belles photos.
Les photos, je les avais dans la tête avant de partir. Et les autres membres du groupe aussi.
Enfin tout ça pour dire que ça n'aurait pas été aussi éprouvant, j'aurais eu des remords, je crois, à y aller. J'aurai eu trop peur qu'on me prenne pour un conquistador des temps modernes...
Et ça, plutôt crever !
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